Piquer (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
Attesté au XII e siècle, mais probablement antérieur. Dérivé de pic, avec influence du latin populaire *pikkare , de même sens.
I. Le complément du verbe désigne ce que l'on perce avec un instrument pointu.
1. Percer la peau, entamer superficiellement la chair. Piquer la peau, le bras avec une aiguille. Une épingle l'a piqué. Piquer quelqu'un jusqu'au sang. Piquer les bœufs avec l'aiguillon. Pron. Elle s'est piquée, elle s'est piqué le doigt avec une épine. Absolt. Le chardon pique. Piquer un cheval avec l'éperon ou, absolt., piquer, pour pousser le cheval au galop. Absolt. Piquer des deux , faire sentir les deux éperons à un cheval pour lui faire prendre une allure plus vive et, fig., se mettre à courir, se dépêcher. ? . Faire entrer par maladresse la pointe du clou dans la partie vive du pied du cheval, en le ferrant. En parlant des Insectes, des Arachnides. Une guêpe l'a piqué au bras. Se faire
2. Se dit parfois pour Perforer, transpercer par une série de petits trous. En parlant des insectes, des vers. Ce meuble est piqué des vers, par les vers . Pron. à sens passif. Ce bois se pique . Expr. fig. et pop. Voilà qui n'est pas piqué des vers ou des hannetons , se dit d'une chose qui sort de l'ordinaire. Par anal. Parsemer de petites taches, en particulier de taches de moisissure. L'humidité a piqué le papier. Cette plaque de tôle est piquée de rouille. Un miroir piqué . Pron. à sens passif. Ces étoffes se sont piquées. Une gravure, un livre qui se pique. Ces confitures se piquent .
3. Transpercer quelque chose avec un objet pointu pour s'en saisir, pour le mettre en place, le fixer. Piquer unmorceau de viande avec sa fourchette. Piquer des papillons sur une plaque. Spécialt. . Transpercer avec une aiguille enfilée une ou plusieurs épaisseurs superposées d'étoffe, de cuir, pour les assembler ou pour les orner de points. Piquer un couvre-pied. Une couverture piquée. Épingler, bâtir et
4. Frapper d'un ou de plusieurs coups. Surtout dans des emplois spécialisés. Piquer la rouille , faire tomber la rouille d'une pièce métallique en martelant celle-ci. Piquer une chaudière , éliminer le tartre déposé sur ses parois. Piquer un enduit. Piquer une pierre , en tailler le parement à petits éclats avec un pic. Moellon piqué , voir . ? . Piquer l'heure , sonner l'heure en frappant sur la cloche autant de coups que de demi-heures écoulées depuis le début du quart. ? . Piquer la bille , la frapper à la verticale, de manière à la faire avancer puis revenir en arrière. ? Piquer une note , la détacher. Note piquée , note surmontée d'un point, que l'on joue en la détachant nettement.
5. Dans des emplois figurés. Faire une impression vive sur l'esprit, sur les sentiments. En bonne part. Piquer la curiosité, l'intérêt. En mauvaise part. Fâcher, irriter, froisser la susceptibilité. Cette remarque a piqué son amour-propre, l'a piqué au vif. Pron. Se sentir offensé, se vexer. C'est un homme qui se pique du moindre mot, au moindre mot . Pron. Se
II. Le complément du verbe désigne un instrument que l'on enfonce par la pointe. Piquer une fourche en terre. Piquer des épingles sur une pelote. Par anal. Une fleur piquée dans les cheveux . Loc. fig. et fam. Piquer une tête , se jeter la tête la première, plonger. Il a piqué une tête dans la rivière .
III. Pour évoquer un mouvement brusque, rapide, dans une direction donnée. Intranst. Le faucon a piqué sur sa proie , il s'est brusquement abattu sur elle. L'avion piqua puis se redressa . Par affaibl. Piquer droit vers le sud. Expr. fam. Piquer du nez , en parlant d'un bateau, d'un avion, enfoncer de l'avant ; en parlant d'une personne, s'assoupir. Spécialt. . Piquer au vent, dans le vent , changer de direction pour se trouver face au vent. ? Piquer dans le fort , pousser son cheval au galop dans le plus épais du bois. Piquer à la queue des chiens , les suivre de près. ? Prendre appui sur la pointe ou la demi-pointe. Piquer sur la jambe droite . Transt. Dans un certain nombre d'expressions imagées. Piquer un cent mètres. Piquer un galop. Piquer un fard , rougir soudainement sous l'effet d'une émotion. Piquer un fou rire, une colère. Piquer un somme ou, pop., un roupillon , se mettre à dormir. Pop. Piquer une crise , entrer dans un brusque accès de fureur.
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Percer, entamer légèrement avec quelque chose de pointu. "Une épingle l'a piqué. Il y a des épines qui piquent fort. Piquer quelqu'un jusqu'au sang. Je me suis piqué. Je me suis piqué le doigt".
"Piquer un papier," Y faire de petits trous.
PIQUER se dit aussi des Serpents, de la vermine, des insectes qui mordent, qui entament la peau. "Être piqué par un serpent. Être piqué par un moustique, par une guêpe. Les mouches piquent les chevaux".
Fig. et fam., "Quelle mouche le pique, l'a piqué?" se dit d'un Homme qui se fâche, qui s'est fâché sans sujet apparent.
PIQUER se dit également des Insectes qui entament le bois, les étoffes, etc. "Les miles, les vers ont piqué ce manteau. Ce livre est piqué des vers."
Fig. et fam., "Voilà qui n'est pas piqué des vers," Cela n'est pas mauvais, cela a du mérite.
En termes de Maréchal, "Piquer un cheval," Lui faire entrer la pointe du clou jusqu'à la chair vive, en le ferrant.
En termes de Manège, "Piquer un cheval" et, absolument, "Piquer," Donner des éperons à un cheval et le pousser au galop. "Il piqua son cheval, qui partit au galop."
"Piquer des deux," Faire sentir les deux éperons à un cheval afin d'accélérer sa marche.
En termes d'Équitation, "Piquer un galop."
PIQUER signifie aussi Enfoncer, faire pénétrer
Fam., "Piquer une tête," Se jeter, tomber la tête la première. "Il a piqué une tête dans l'eau. J'ai failli
En termes de Marine, "Piquer au vent," Aller à l'encontre du vent.
PIQUER signifie aussi Faire avec du fil ou de la soie, sur deux ou plusieurs étoffes mises l'une sur l'autre, des points qui les traversent et qui les unissent. "Piquer un couvre-pied. Piquer des bonnets."
"Piquer des bottines," Unir par des points l'étoffe des bottines à leur cuir.
"Piquer un collet d'habit, des poignets de chemise, etc.," Y faire des points et arrière-points symétriques pour les orner.
"Piquer à la machine," Piquer des étoffes à l'aide d'une machine à coudre.
PIQUER s'emploie encore en des sens analogues dans plusieurs termes d'arts, de métiers, de jeux, etc.
"Piquer une pierre, un moellon, une meule, etc.," Les rendre rugueux, en y faisant de petits enfoncements avec le côté pointu du marteau.
"Piquer de la viande," La larder avec de petits lardons. "Veau piqué."
"Piquer de gros lard un morceau de boeuf," Le larder avec de gros lardons.
Au jeu de Billard, "Piquer la bille," La toucher presque perpendiculairement avec la queue.
En termes de Musique, "Piquer une note," Détacher une note. "Note piquée," Note au-dessus de laquelle est marqué un point.
PIQUER se dit aussi des Choses qui affectent le goût de telle sorte que la langue semble en être piquée. "Ce vin pique la langue agréablement, désagréablement. Ce fromage pique."
Il se dit figurément des Choses qui font une impression vive et agréable. "Il n'y a rien dans cet ouvrage, dans ce style qui pique et qui réveille. Il y a dans la physionomie de cette femme je ne sais quoi qui pique et qui attire."
"Piquer la curiosité de quelqu'un," Inspirer un vif désir de connaître.
PIQUER signifie aussi Fâcher, irriter, froisser la susceptibilité ou la légitime fierté de quelqu'un, mettre en colère. "Ce discours l'a piqué, l'a piqué au vif, jusqu'au vif. La moindre chose le pique. Il dit souvent des choses qui piquent."
Il se dit pour Faire des injections de morphine ou de quelque autre substance analogue. "Il se pique à la morphine."
Fig. et fam., "Se
SE PIQUER se dit aussi de Certaines choses qui se gâtent en présentant d'ordinaire des trous ou des taches. "Ce bois se pique, ces étoffes se piquent," Les vers s'y mettent. "Ce papier imprimé se pique," Il commence à se gâter, faute d'avoir été étendu et séché. "Ces confitures se piquent," Elles ont des taches de moisissure. "Une gravure, un livre qui se pique," Où il se fait de petites taches d'humidité.
"Ce vin, cette boisson se pique," Ce vin, cette boisson commence à s'aigrir.
SE PIQUER signifie, au figuré, Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. "C'est un homme qui se pique du moindre mot qu'on lui dit. Il parle en homme piqué."
Il signifie aussi Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en tirer avantage, en faire profession. "Il se pique de bien écrire, de bien parler, etc. Il se pique d'être toujours bien renseigné. Il se pique de bonne éducation, de politesse raffinée."
"Se
"Se
Fig. et fam., "Se
Le participe passé s'emploie aussi adjectivement. "Poulet piqué," Poulet lardé.
PIQUÉ se dit aussi familièrement de Quelqu'un qui a le cerveau un peu dérangé. "Il est un peu piqué".
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Entamer légèrement avec quelque chose de pointu.
SAINT-FOIX: « Il se piquait un doigt toutes les fois qu'il écrivait à cette princesse, et ne lui écrivait jamais que de son sang »
BUFF.: « Il [le tangaras] se nourrit de fruits, et pique les bananes et les goyaves, qu'il détruit en grande quantité »
Absolument.
MALEBR.: « Le bon sens et l'expérience nous assurent que le meilleur moyen pour n'être point blessé par la douleur d'une piqûre, c'est qu'il ne faut point se
Piquer un papier, y faire de petits trous.
Il ne sent rien quand on le pique, se dit d'un ladre ou lépreux dont la peau est insensible, et fig. de celui qui est insensible aux affronts.
Fig.
FLÉCH.: « Elle mit une haie d'épines autour de ses oreilles, pour arrêter et pour
Terme de pêche. Piquer un poisson, donner à l'hameçon une secousse plus ou moins forte, pour le faire entrer dans les chairs du poisson, quand on sent que la proie mord.
Synonyme de harponner.
En termes de marine,
2 Se dit du chirurgien qui perce la peau avec la lancette pour saigner.
GENLIS: « Je me regarde saigner, je tiens moi-même la lumière, ce qui est fort simple, et je ne puis, sans quelque peine, voir
Piquer l'artère,
3 Il se dit aussi des serpents, des insectes. Une vipère le piqua au pied.
SCARR.: « Son corps nu, exposé au soleil, fut bientôt couvert et piqué de mouches et de moucherons »
BOILEAU: « Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie »
Absolument.
MALH.: « Tous venins y mourront comme aux temps de nos pères, Et mêmes les vipères Y
Fig. On ne sait quelle mouche le pique, on ne sait point le sujet de sa colère, de son dépit.
BOILEAU: « On ne sait bien souvent quelle mouche le pique »
4 Il se dit des entamures que certains insectes font aux étoffes, aux bois. Les teignes, les vers ont piqué cet habit, ces livres.
5 Terme de maréchalerie. Piquer un cheval, lui faire entrer, en le ferrant, la pointe d'un clou jusqu'à la chair vive.
Terme de manége. Piquer un cheval, ou, absolument,
SCARR.: « Il ne songea donc plus qu'à
LA FAY.: « Malgré les fâcheuses circonstances de son État, Sa Majesté Britannique ne laissait pas d'aller courageusement à la chasse avec Monseigneur, et piquait comme eût pu faire un homme de vingt ans qui n'a d'autre souci que celui de se divertir »
LE SAGE: « Ils virent paraître du côté de Valence quatre ou cinq cavaliers qui piquaient à outrance »
Ce cavalier pique bien, il pousse vigoureusement son cheval au galop
Piquer des deux, donner des deux éperons à la fois, et, par conséquent, donner vigoureusement de l'éperon pour accélérer sa marche.
J. J. ROUSS.: « Tantôt piquant des deux, tantôt marchant à petits pas »
Fig. Piquer des deux, faire grande diligence. C'est une affaire où il faut
Familièrement. Piquer la mazette, monter un mauvais cheval.
MOL.: « Depuis huit jours entiers avec vos longues traites Nous sommes à
Terme de chasse. Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le fort du bois.
6 Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier, dont le second point entre dans le trou fait par le premier et ainsi de suite, de façon qu'il n'y a point d'intervalle entre les points.
Piquer un collet d'habit, des poignets de chemises, y faire des points et des arrière-points symétriques pour les orner.
Piquer du taffetas, du tabis, le percer et le figurer avec un petit fer.
Terme de cordonnier. Faire des rangs de points tout autour de la première semelle. Le cordonnier pique aussi les bordures des souliers, l'étoffe des bottines à leur cuir.
Terme de tapissier. Fixer le crin avec la toile de rembourrure pour former le fond et le dossier d'un siége.
7 Terme de maçonnerie. Piquer une pierre, la rendre raboteuse, en y faisant de petits trous avec un marteau.
VOLT.: « Tout s'est borné à des préparatifs, et à
8 Terme de beaux-arts. Piquer un dessin, en suivre les contours en piquant légèrement, de manière à former un poncis.
Rehausser les parties claires par des touches de crayon blanc, ou avec du blanc détrempé dans de l'eau de gomme.
9 Terme de charpentier. Marquer avec le traceret sur une pièce de bois l'ouvrage qu'il faut y faire.
Terme de marine. Piquer une pièce de bois, la brocheter.
Terme de serrurier. Piquer une serrure, tracer avec une pointe sur le palastre l'endroit où doivent répondre les différentes parties qui, par leur assemblage, forment la serrure.
10 Frotter la surface d'une glace avec une autre glace, en introduisant entre elles de l'émeri humecté d'eau.
Terme de marbrier. Polir une pièce de marbrerie en frottant sa surface avec un bouchon de linge fin humecté d'eau, sous lequel on met du plomb en limaille, ou de l'émeri, ou bien encore de la boue de lapidaire.
11 Terme de fontainier. Ajouter un robinet sur une conduite.
12 En termes de cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient. Piquer des oignons de clous de girofle.
Piquer de la viande, la larder.
VOLT.: « Il y a les Hébreux qui ne vous donneront jamais de boudin ni de lard.... ils aimeraient mieux mourir que de
Piquer de gros lard un morceau de boeuf, le larder avec de gros lardons.
Piquer menu,
SÉV.: « Nous trouvâmes qu'il fallait qu'ils fussent pour le moins trois cents piqueurs pour
13 Terme de billard. Piquer la bille, la toucher presque perpendiculairement avec la queue.
14 Piquer une tête, s'élancer dans l'eau la tête la première, ou y tomber la tête la première.
15 Fig. Piquer les tables, les assiettes, et, plus ordinairement,
Substantivement. Un pique-assiette, un parasite.
Fig. Piquer le coffre,
Piquer l'escabelle, en parlant d'un jeune homme, travailler dans les études des notaires ou des avoués (locution peu usitée).
16 Fig. Piquer les absents, marquer ceux qui manquent à leur poste, à un appel.
FORFAIT: « Le sous-chef donnait au chef le nom des absents, et, dans l'instant où le travail commençait, sans faire d'appel, tous les absents étaient notés et piqués »
Piquer des ouvriers, veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps.
Terme de marine. Piquer l'heure, toucher, avec le battant d'une cloche, un certain nombre de fois déterminé par l'usage, la paroi intérieure de cette cloche, pour annoncer l'heure.
JAL: « À bord des bâtiments français, on a l'habitude de
17 Fig. En parlant des mets, avoir un goût fort, faire une vive impression. Ce vin pique la langue.
Absolument. Ce fromage pique.
Il se dit absolument aussi du poisson qui n'est plus frais et qui affecte désagréablement le goût. Cette alose pique.
18 Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre.
BALZ.: « Son histoire m'a remué tout l'esprit et piqué tout ce qu'il a de sensible »
BOSSUET: « Le blâme piquait au vif les coeurs généreux et retenait les plus faibles dans le devoir »
MASS.: « Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage : en nous dégoûtant, elles nous purifient ; en nous piquant, elles nous guérissent Piquer de..., faire éprouver un certain sentiment. »
CORN.: « Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance, ....Et suis trop au-dessus de cette indignité Pour te vouloir
BOSSUET: « Ils [les Juifs] m'ont, dit-il [Jéhovah], piqué de jalousie, en adorant ceux qui n'étaient pas dieux »
Piquer d'honneur, exciter une personne à quelque chose, en lui représentant qu'elle a du coeur et de l'honneur.
FÉN.: « Le connétable de Montmorency aida à me tromper : il me persuada qu'il fallait vous
19 Fig. Exciter, réveiller, animer.
RÉGNIER: « Un brûlant aiguillon lui pique le courage »
BOURD.: « Cette immortalité où ils aspiraient, et dont l'espérance les piquait, les encourageait, les emportait au travers de tous les obstacles »
ID.: « Voilà comment s'expliquaient autrefois les prophètes pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toute divine dont ils tâchaient de les
FÉN.: « La peine doit être aussi légère qu'il est possible, mais accompagnée de toutes les circonstances qui peuvent
ROLLIN: « Il [Cambyse] le prit [Polycrate] par ce double appât, en piquant par la même offre et son avarice et son ambition »
ROLLIN: « Des marques d'honneur et de justes récompenses attachées au mérite piquent et réveillent l'industrie »
Piquer la curiosité de quelqu'un, rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose.
FONTEN.: « Je ne m'amuserai point à dire que j'ai choisi, dans toute la philosophie, la matière la plus capable de
20 Fig. Faire naître un sentiment d'amour, une passion.
RÉGNIER: « Ce penser... Du trait de sa beauté me pique jour et nuit »
CORN.: « ...les âmes... S'attachent l'une à l'autre, et se laissent
TH. CORN.: « ...Elle-même est l'objet qui le pique »
21 Fig. Faire une impression vive et agréable.
LA FONT.: « Les plaisirs défendus n'auront rien qui vous pique »
MASS.: « Ils essayent de tout : rien ne les pique »
Absolument. La physionomie de cette femme pique et attire.
SÉV.: « C'est la plus divine lettre du monde ; il n'y a rien qui ne pique et qui ne soit salé »
MONTESQ.: « La vie de sérail est une vie unie qui ne pique pas »
22 Fig. Frapper d'un trait satirique.
RÉGNIER: « D'un ris et de ces mots elle m'alla piquant... »
BOSSUET: « M. Jurieu... en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat »
BOURDAL.: « Mais qu'on nous pique, même légèrement, mais qu'on nous rende un mauvais office ; c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte »
Absolument.
RÉGNIER: « C'est ce qui m'a contraint de librement écrire, Et, sans
23 Fig. Fâcher, irriter, mettre en colère.
CORN.: « Et vous n'ignorez pas combien cela me pique »
MOLIÈRE: « Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique »
SÉVIGNÉ: « La déraison me pique, et le manque de bonne foi m'offense »
BOURDAL.: « Dites d'une femme mondaine, qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la
Absolument.
SÉV.: « Un malheur continuel [au jeu] pique et offense »
Piquer au vif, causer une très vive irritation.
24 V. n. Terme de fauconnerie. Piquer après la sonnette, suivre l'oiseau, qui porte en effet une sonnette.
Terme de chasse. Piquer à la queue des chiens, les suivre d'assez près pour les aider et les faire manoeuvrer.
BUFF.: « Le piqueur doit bien accompagner ses chiens, toujours
25 Terme de marine. Piquer au vent, même sens que pincer le vent.
26 Au jeu,
27 Se
Fig.
BALZ.: « Il est impossible de s'approcher d'eux [des gens mal gracieux] sans se
28 Il se dit de certaines choses, étoffes, livres, etc. que les vers percent de petits trous. Ce bois se pique. Ces étoffes se piquent.
Par assimilation aux piqûres de vers, ce papier imprimé se pique, il jaunit, se tache.
29 Cette boisson se pique, elle commence à s'aigrir.
30 Fig. Se prendre d'amour.
LA FONT.: « Il se piqua pour certaine femelle De haut état... »
LA FONT.: « S'il se fût piqué d'elle »
31 Fig. Se vanter de, avoir des prétentions à.
LA ROCHEF: « Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien »
LA FONT.: « Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse »
LA FONT.: « Parmi les animaux le chien se pique d'être Soigneux et fidèle à son maître »
PASC.: « On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes [hommes comme il faut] ; et ils ne se piquent jamais tant de savoir rien du reste, comme d'être honnêtes hommes »
SÉV.: « Je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie »
BOSSUET: « Je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes que de se
RAC.: « Je ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé »
ROLLIN: « La plupart [des sophistes], comme Gorgias, se piquaient de satisfaire sur-le-champ à toutes les questions qu'on leur pouvait faire »
VOLT.: « Catinat avait dans l'esprit une application et une agilité qui le rendaient capable de tout, sans qu'il se piquât jamais de rien »
MARMONTEL: « Il se piquait de tout, et n'était bon à rien »
S'en
BEAUMARCH.: « Eh comment diable ! je ne ferais pas mieux, moi qui m'en pique [de versifier] »
Se
CORN.: « Sans te
Se
PASC.: « Le siége apostolique a cela de recommandable qu'il ne se pique pas d'honneur, et se porte volontiers à révoquer ce qu'on a tiré par surprise »
Se
Fig. Se
32 Fig. S'affliger (vieilli en ce sens).
CORN.: « Après tout, entre nous, confesse franchement Qu'une fille en ces lieux qui perd un frère unique, Jusques au désespoir fort rarement se pique »
Devenir plus cuisant, plus amer.
CORN.: « Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret ; Par là mon désespoir davantage se pique »
33 Fig. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part.
RÉGNIER: « Ces gens à se
MOL.: « Entre amis on ne va pas se
HISTORIQUE
XIIIème siècle
JOINV.: « Illec [là] les Turs nous assailloient de toutes pars ; une partie d'eulz entrerent en la meson deffete, et nous piquoient de leurs glaives par desus »
XVème siècle
FROISS.: « Et ceux de dehors avoient fait chas et instrumens, par quoi on piquoit les murs, tout à couvert »
E. DESCH.: « Chascun qui puet [peut] prent, hape et pique, Pour avoir grant estat et mise »
DU CANGE: « Le suppliant loua les jumens ou eques de Raymond, pour
LOUIS XI: « Au rapport qu'il fit, il estoit fort malade, et, à la verité dire, aussi estoit-il bien piqué [amoureux] »
LOUIS XI: « L'autre se taisoit et piquoit son chemin [fuyait] »
LOUIS XI: « Elle monta sur son cheval, et piqua fort, tant qu'ils eurent eslongé la place »
XVIème siècle
AMYOT: « Ces hommes satyriques font profession de mesdire et de picquer tout le monde »
SLEIDAN: « Le dit Luther demouroit piqué [arrêté] en sa doctrine »
D'AUB.: « Il fallut courir à l'escurie, où depuis trois semaines par prevoiance on avoit accoustumé de picquer des chevaux en une carriere ouverte »
D'AUB.: « Puis le fils ayant picqué près du pere pour avoir veu à son visage une esmotion non accoustumée »
PARÉ: « On pique à pointe de marteau les meules de moulin, quand elles sont trop applanies »
PARÉ: « Un sachet de tafetas bien piqué »
MONT.: « Comme les tempestes se picquent contre l'orgueil de nos bastiments »
MONT.: « Sans se picquer [s'entêter] et opiniastrer à se convaincre... »
MONT.: « De quoy Plutarque se picque [se fâche] avec raison »
MONT.: « Il s'y affectionne, il s'y picque et s'y plaist [à cet exercice] »
COTGRAVE: « Trop
ÉTYMOLOGIE
Pic 1 ; prov. picar, pichar ; espagn. picar ; ital. piechiare ; angl. to pick ; allem. picken.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE PIQUER.
29 Ajoutez :
Se
Journ. offic. 3 fév. 1873, p. 791, 2e col.: Au bout d'une année, l'huile d'olive de Dalmatie se pique, suivant l'expression populaire, et n'est plus mangeable
34 Locution populaire. Piquer un chien, dormir dans la journée sans être couché.
On attribue cette métaphore avec vraisemblance aux mendiants aveugles assis avec leur chien devant eux, qui auraient soin de tenir dirigée vers l'animal la pointe de leur bâton, afin que, s'ils viennent à s'endormir et dès lors à se pencher en avant, la pointe pique le chien, qui, en remuant, les réveille.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Percer, entamer légèrement avec quelque chose de fort pointu. "Une épingle l'a piqué. Il y a des épines qui piquent fort. Piquer quelqu'un jusqu'au sang. Je me suis piqué. Piquer un papier," Y faire de petits trous.
Il se dit aussi Des serpents, de la vermine, des insectes qui mordent, qui entament la peau. "Être piqué par un serpent. Être piqué de la tarentule. Être piqué par un cousin. Les puces l'ont piqué toute la nuit. Les mouches piquent les chevaux."
Prov. et fig., "Quelle mouche le pique, l'a piqué?" se dit D'un homme qui se fâche, qui s'est fâché sans sujet.
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi D'un chirurgien qui avec sa lancette entame la peau pour ouvrir la veine et en tirer du sang. "Le chirurgien l'a mal piqué, l'a piqué deux fois avant de lui tirer du sang, sans pouvoir lui tirer de sang."
"Piquer l'artère, le nerf, etc.," Blesser l'artère, le nerf, etc., en ouvrant ou croyant ouvrir la veine.
En termes de Maréchal, "Piquer un cheval," Lui faire entrer la pointe du clou jusqu'à la chair vive, en le ferrant.
En termes de Manége, "Piquer un cheval," et absolument, "Piquer," Donner des éperons à un cheval, et le pousser au galop. "Il piqua son cheval, qui partit au galop."
"Ce cavalier pique bien," Il pousse vigoureusement son cheval au galop.
"Piquer des deux," Faire sentir les deux éperons à un cheval, afin d'accélérer sa marche.
Fig. et fam., "Piquer des deux," Aller très-vite, faire beaucoup de diligence. "Il faudra
Fam., "Piquer la mazette," Monter un mauvais cheval.
En termes de Chasse, "Piquer dans le fort," Pousser son cheval au galop dans le fort du bois.
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Faire avec du fil ou de la soie, sur deux ou plusieurs étoffes mises l'une sur l'autre, des points qui les traversent et qui les unissent. "Piquer une courte-pointe. Piquer des bonnets."
"Piquer un collet d'habit, des poignets de chemise, etc.," Y faire des points et arrière-points symétriques pour les orner.
"Piquer du taffetas, du tabis," Y faire de petits trous par compartiments.
"Piquer une pierre, un moellon, une meule, etc.," Les rendre raboteux, en y faisant de petits enfoncements avec le côté pointu du marteau.
"Piquer de la viande," La larder avec de petits lardons, et près à près. "Piquer des perdreaux. Son cuisinier a mal piqué, a bien piqué ces lapereaux. On a piqué ce rôti fort proprement."
"Piquer de gros lard un morceau de boeuf, un levraut, etc.," Les larder avec de gros lardons.
Au Jeu de billard, "Piquer la bille," La toucher presque perpendiculairement avec la queue.
Fig. et fam., "Piquer le coffre,
Fig. et fam., "Piquer l'escabelle," se dit Des jeunes gens qui travaillent dans les études des notaires ou des avoués. Il est peu usité.
Fig. et fam., "Piquer les tables, les assiettes," et plus ordinairement, "Piquer l'assiette," Courir après les dîners en ville. On dit substantivement, "Un pique-assiette," Un parasite.
"Piquer les absents," dans un chapitre, dans un bureau, dans un atelier, etc., Marquer ceux qui sont absents, afin qu'ils soient privés de la rétribution due à ceux qui sont présents. "On l'a piqué quatre fois ce mois-ci. Il ne veut pas se faire
Fig., "Piquer des ouvriers," Veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps, et fassent bien leur ouvrage.
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi Des choses qui affectent le goût de telle sorte que la langue semble en être piquée. "Ce vin pique la langue agréablement, désagréablement. Ce fromage pique." On dit que "Du poisson pique," lorsqu'il affecte désagréablement la langue, parce qu'il n'est plus frais. "Voilà de l'alose qui commence à
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit, figurément et au sens moral, Des choses qui font une impression vive et agréable. "Il n'y a rien dans cet ouvrage, dans ce style, qui pique et qui réveille. Il y a dans la physionomie de cette femme je ne sais quoi qui pique et qui attire."
"Piquer la curiosité de quelqu'un," Rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose.
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Fâcher, irriter, mettre en colère. "Ce discours l'a piqué, l'a piqué au vif, jusqu'au vif. La moindre chose le pique. Il dit souvent des choses qui piquent."
"Piquer quelqu'un d'honneur," Lui persuader qu'il y va de son honneur de faire ou de ne pas faire quelque chose.
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec le pronom personnel, Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. "C'est un homme qui se pique du moindre mot qu'on lui dit."
Il signifie aussi, Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en tirer avantage, en faire profession. "Il se pique de bien écrire, de bien parler, etc. Il se pique d'être bien fait, d'être brave, de bien danser, etc. Il se piquait de naissance, de noblesse. Il ne se pique d'autre chose que d'être honnête homme. Il est savant, du moins il s'en pique."
"Se
"Se
Fig. et fam., "Se
"Ce bois se pique, ces étoffes se piquent," Les vers s'y mettent. "Ce papier imprimé se pique," Il commence à se gâter, faute d'avoir été étendu et séché. "Ce vin, cette boisson se pique," Ce vin, cette boisson commence à s'aigrir.
Emplacement dans le dictionnaire :
| piquage piquant pique piqué pique-assiette pique-boeuf pique-mine | pique-mouche pique-pouille piquet piqueté piqueter piquette | piquettes piqûre piqùre pirate pirater piratique pîre |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)...fumées blanches ; elles criaient leur misère humide et froide, et le vent s'engouffrait partout avec un grand bruit triste. La nuit tombait tout à fait et les petites flammes du gaz commençaient à piquer de brillants jaunes ces amoncellements de choses grises. Les matelots entendaient déjà les roulements des voitures et les bruits de la ville qui leur arrivaient d'en haut, par-dessus l'arsenal...
Citation n°2 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)
...la science, en lui enlevant ce qui fait sa vie et sa valeur véritable. Que reste-t-il, en effet, si vous enlevez à la science son but philosophique ? De menus détails, capables sans doute de piquer la curiosité des esprits actifs et de servir de passe-temps à ceux qui n'ont rien de mieux à faire, fort indifférents pour celui qui voit dans la vie une chose sérieuse, et se préoccupe avant tout...
Citation n°3 de Henri MURGER (Scènes de la vie de bohème)
...la race nègre, laissaient voir des dents de chien de chasse, et son menton asseyait ses deux plis sur une cravate blanche, dont l'une des pointes menaçait les astres, tandis que l'autre s'en allait piquer en terre. D'un feutre chauve, aux bords prodigieusement larges, ses cheveux s'échappaient en cascades blondes. Il était vêtu d'un paletot noisette à pèlerine, dont l'étoffe, réduite à la trame,...
Citation n°4 de Henri MURGER (Scènes de la vie de bohème)
...trouverait un de ces instruments de torture, dans le voisinage desquels la nonchalance et la rêverie sont impossibles... une pendule dont les aiguilles s'allongent jusqu'à votre lit et viennent vous piquer le matin quand vous êtes encore plongé dans les molles douceurs du premier réveil... une pendule dont la voix vous crie : ding, ding, ding ! c'est l'heure des affaires, quitte ton rêve charmant,...
Citation n°5 de Eugénie de GUÉRIN (Journal (1834-1840))
...du hameau, où tout le monde voulait nous fêter. Nous avons dit merci sans rien prendre, parce que nous étions après dîner. Les petits enfants sont venus à nous comme des poulets. Je leur ai fait piquer des noisettes que j'avais mises pour leur donner dans ma poche. Dans vingt ans encore ils se souviendront de notre visite, parce que nous leur avons donné quelque chose de bon, et ce souvenir leur...
- Autres Recherches
-
Synonymes
Conjugaisons
Synonymes : cliquez ici
Conjugaison du verbe : cliquez ici
